Les parcours du couple sain


Il est évident qu'un couple naissant est une source intarissable d’énergie pour l’un et l’autre membre/ et cela précisément pour la raison que de nouveaux liens se créent : si on ne cherche pas à imposer son propre style de vie, on se retrouve forcément enrichi par celui de l’autre. Ceux qui avaient auparavant des problèmes sexuels, découvrent le corps de l’autre et redécouvrent le leur, sans avoir besoin du moindre aphrodisiaque ou des soins d’un sexologue.

Ceux qui étaient déprimés sont de nouveau heureux et le monde semble ne plus avoir de frontières.


Certains pensent que cet état s’arrête aux premiers mois de la relation, au moment où l’on tombe amoureux. Je crois au contraire qu’un couple stable peut conserver la même qualité d'émotion pourvu qu'il ménage la source de tant de bonheur.

Même si chacun emprunte sa propre route, il existe quinze sentiers que je me sens le droit de conseiller :

La voie du sain égoïsme

Mettez de la distance entre votre couple et votre famille. Nos grands-parents cherchaient surtout la stabilité de leur union. La famille s’employait à trouver pour ses filles des hommes tranquilles, aisés, qui ne buvaient pas, qui travaillaient, et, encore mieux, qui croyaient en Dieu. Aujourd’hui on demande avant tout à son conjoint d’être attirant, au moins au plan intellectuel, et on apprécie toujours une certaine dose d’imprévu. La peur de l’ennui a discrédité les critères inspirés par le principe de l’ordre au profit du besoin d’un certain désordre.

La routine n'est pas le seul piège qui guette les unions durables. Comme nous l’avons vu, le couple doit aussi se défendre contre les besoins opposés des individus qui le composent et de la famille qu’il est devenu. Il faut aussi se protéger des exigences issues des noyaux familiaux d’origine, et nombreux sont ceux qui devraient, selon moi, laisser libre cours au plus sain des individualismes. Il faut sans cesse être attentif à ses propres exigences, surtout lorsque cohabitent trois générations. Ce sont alors les grands-parents qui détiennent le vrai pouvoir au sein de ce modèle tribal. Les conjoints se retrouvent tyrannisés et par leurs parents et par leurs enfants.

Dans la famille d’Antoinette, deux grands-parents, trois enfants et cinq petits-enfants semblaient cohabiter à la perfection. Elle a pointant dû s'adresser à moi lorsque sa construction matriarcale s’est effondrée. Elle ne l'aurait jamais imaginé. Elle avait été une épouse parfaite, malgré la passion de son mari Louis pour les belles femmes. Elle avait été une mère intègre, même si ses fils lui étaient un peu trop attachés. Elle se disait que, tout compte fait, elle aurait été aussi une grand- mère à la hauteur de la tâche, comme le démontraient les réunions dominicales que ses trois fils imposaient à leurs épouses respectives et à leur nombreuse progéniture. Elle recevait en effet parfaitement, Antoinette, et si deux de ses belles-filles avaient décidé de divorcer, je ne pense pas que c'était de sa faute.

Je pense que la faute est à imputer à ses fils, qui n’ont pas su tracer de ligne de démarcation précise entre les familles d'origine et les nouveaux noyaux familiaux. La vie de clan ne convient pas à tout le monde, et même si elle leur conférait une indubitable promotion sociale, les deux femmes ont préféré abandonner cette grande famille lyonnaise pour une situation peut-être plus humble mais certainement moins confuse.

la voie de la rationalité 

Essayez quand même de les trouver et pas seulement pour vous : il est tout aussi important de comprendre dans quel cadre théorique s'inscrit votre couple. Les besoins affectifs de la vie à deux sont déjà suffisamment confus ; n'y ajoutez pas de malentendus de type institutionnel, même si cela vous fait perdre un petit peu du romantisme auquel vous tenez tant. Selon Jurg Willi, les couples malheureux sont ceux dans lesquels dominent les obligations de la morale et de la loi. Je pense personnellement que ces critères doivent servir de garde-fous : il faut ériger ces barrières juridiques et religieuses dans les moments de crise. Elles jouent un rôle protecteur, mais elles ne doivent pas pour autant annuler la dimension psychologique, qui est celle à laquelle le couple se confronte véritablement. En d'autres termes, le couple s’est « privatisé » : il se définit de son intérieur.

La voie de l’humilité

modérez vos attentes. Il est vrai qu’il y aussi des couples qui ne s’entendent plus par manque d’enthousiasme, ou parce que le choix du partenaire a été guidé par la résignation. Mais il s’agit de cas isolés. La majorité des couples sont en crise parce que ce qu’ils attendaient de l’autre et de leur union était disproportionné. De même que pour l’éducation des enfants, il est conseillé de se fixer des objectifs ambitieux mais possibles à atteindre. Mettre la barre trop haut peut causer les mêmes dommages que le manque d’ambition. On ne peut pas escalader le Mont Blanc si on ne sait même pas monter sur la colline voisine. On ne peut rouler à cent kilomètre-heure à bicyclette ; il vaut mieux acheter une moto.

Non, je ne suis pas en train de conseiller de changer de partenaire. Ni de fausser le rapport par de continuelles concessions. Il s'agit plutôt de dépasser un des obstacles majeurs à la formation du couple, ce que Jean Lemaire, le grand expert français du conseil conjugal, définit comme « la phase d’idéalisation ». En effet le couple ne peut répondre aux seuls besoins de la famille, il doit aussi prendre en compte ses propres besoins affectifs. Et il ne peut le faire que s’ils ne sont pas démesurés. Lorsqu’on passe de l’état amoureux à l’amour il est donc fondamental de redéfinir les attentes réciproques : il n'est pas nécessaire d'abandonner ses ambitions personnelles, il suffit de les rapprocher de la réalité de l'autre.

La voie de la générosité

Rappelez-vous qu’il faut nourrir votre amour. Pour beaucoup, le couple est comme un nid dans lequel il est naturel d'être nourri. Quant à nourrir soi-même, c'est une autre histoire ! Avoir cette vision du rapport à deux ne fait que prolonger le vécu de l'enfance : la seule différence est qu'alors, c'était la mère qui subvenait aux besoins.Il s'agit, aux yeux des psychologues, d'une des manifestations de la « pensée magique ». En effet il est naturel que l'enfant considère que la nourriture de ses parents est toujours à sa disposition, et peu importe que ce soit sous forme de lait ou d'affection. Ce n'est que plus tard qu’il découvrira qu'il peut, lui aussi, nourrir sa mère : au moment où, pour la première fois, il échangera avec ses parents un sourire, qui sera le prélude d'une longue saison d'échanges affectifs. Le passage de la magie d'un monde apaisant à la réalité d’une dépendance affective réciproque survient en général à l'âge de quelques mois, et représente pour beaucoup une leçon difficile à apprendre.

Le couple est une structure tout aussi fragile que le monde du nouveau-né, et doit être périodiquement nourri, pour permettre aux conjoints de s'épanouir. Sinon on risque de se retrouver dans la situation de Sabrina, qui, lors de notre premier entretien, n’a pas cessé de pleurer. Âgée de trente-trois ans, séparée de son mari depuis trois ans, elle continue à l'accuser plutôt que de regarder en elle-même où réside la véritable explication de leur échec. Lui est journaliste : la crise est survenue au bout d'un an de mariage à peine, lorsqu'ils arrêtèrent de faire l'amour et qu’il passait son temps à chercher une rencontre adultère sur un site de rencontre. Le rythme de travail de son mari, qui dormait le jour et travaillait la nuit, avait aggravé la situation. Mais ce n'est pas pour cette raison que Sabrina l’a quitté. Elle découvrira la véritable raison de cette décision après plusieurs séances, lorsqu'elle aura réussi à évoquer les rapports qu’elle entretenait avec sa plus jeune sœur, une belle jeune fille, face à laquelle elle a toujours ressenti un complexe d'infériorité. Sabrina ne pensait pas qu'elle pouvait plaire elle aussi, et surtout elle se sentait incomprise. Elle pensait quasi magiquement que son mari la comprendrait sans poser de questions.

En fait, elle espérait de son mariage la guérison d’anciennes blessures.

La voie mathématique

1 + 1 =3. Les lois mathématiques que nous avons apprises à l’école ne peuvent s’appliquer à la réalité affective. Prenons le cas des couples qui vivent en parfaite symbiose : il faut écrire à leur propos que 1+1 est toujours égal à 1. Chez eux l'intimité devient fusion et ils perdent la notion des limites individuelles, non seulement au moment de l’orgasme, mais à chaque instant de la journée.

Quel est le résultat de la même opération dans le cas d’un couple durable ? C'est facile : 1 + 1 = 3. Le couple est en effet un système qui transcende la somme des deux individus qui le composent : deux amoureux sont capables de réaliser des choses qu’ils ne pourraient même pas imaginer s'ils étaient seuls. Mais pour que la magie des mathématiques du cœur puisse s'accomplir, il faut qu’alternent espaces d’autonomie et moments de partage : c'est précisément lorsque se fissure cet équilibre que naissent les malentendus et que se joue l'avenir du couple.

Un couple qui met en cause l’autonomie individuelle court certainement des risques, mais il ne doit pas penser qu'il est perdu : les stratagèmes que l'esprit imagine afin de suppléer au manque d'harmonie sont inépuisables. Certains s’inventent un ennemi commun : un parent ou les habitants du village dans lequel ils se sont installés. D'autres partagent un grand idéal, qui va de la pensée socialiste à l’action caritative. Mais il suffit alors que l'ennemi commun disparaisse, ou que les objectifs politiques pâlissent pour que le couple se retrouve soudain confronté à une relation conflictuelle intrinsèque, à laquelle il n’est pas préparé. Quand l’ennemi s'installe à la maison, il est beaucoup plus difficile à combattre.

Dans certains cas les mathématiques de l'amour peuvent jouer un autre mauvais tour. Pour Jean-Marie et Gilberte par exemple, 1 + 1 est égal à 0, et ils l'ont compris quand ils m'ont appelé à l'aide six mois seulement après leur mariage. Il a quarante ans, elle trente-sept : ils ont été amants par le passé, alors qu'ils étaient tous deux aux prises avec des relations plutôt mouvementées. Pour Gilberte, son premier mari a plutôt été un grand frère. Intellectuel et fascinant, certes, mais plus intéressé par la politique et l'argent que par les femmes. Quant à elle, elle adorait les beaux voyous, surtout au lit, via des rencontres infidèles d’un soir. C'est pourquoi elle a décidé de divorcer, tout en restant très attachée à son ex-mari, qu'elle continue à utiliser comme bouée de sauvetage.

Jean-Marie, quant à lui, aime séduire. Mais aux femmes il préfère encore la voile, qu'il pratique passionnément dès qu'il a du temps libre, et dont il discute avec ses amis. Il est utile de préciser qu'il a quitté sa précédente épouse. À l'occasion de son divorce, je l'ai vu s’engager dans un sérieux processus de maturation personnelle, dont j'ai cru avoir confirmation quand il m'a annoncé qu'il avait l'intention d'épouser Gilberte. Quand on sort d'une crise conjugale douloureuse, il est en effet difficile de retomber dans le travers de l'idéalisation. On fait habituellement un choix plus sûr. Mais ce ne fut pas leur cas : mes patients étaient trop occupés d'eux-mêmes pour pouvoir se soucier de l'autre.

Quand je les ai eus tous les deux face à moi, je leur ai demandé ce qu'ils aimaient faire l'un sans l'autre. Leurs réponses furent immédiates : « faire de la voile et travailler », me dit-il. « La musique et les voyages », répondit-elle en écho. C'est quand je leur ai demandé quels étaient leurs intérêts communs que la pièce s'est remplie d'un silence embarrassant, comme s'il n'existait pas de nous auquel faire référence. Ils ont fait état d'une sexualité tout à fait satisfaisante, et du plaisir de passer du temps avec les enfants issus de leurs précédents mariages. Face à ces arguments, les raisons du cœur ne comptent pas.

Il ne suffit pas de se regarder dans les yeux ou de sacrifier ses propres intérêts aux besoins de l'autre pour assurer la pérennité du couple. Ni la passion ni la renonciation ne permettent au rapport de s'épanouir ; une riche vie privée alliée à d’importants intérêts communs lui permettent en revanche de se développer.

La voie de la complexité

Des sentiments centripètes et des émotions centrifuges. De même que, dans l'océan, les vagues en surface coexistent avec des courants plus profonds, les émotions ponctuelles du couple cohabitent avec les sentiments sur lesquels se construit véritablement le rapport. Ceux-ci représentent Tonde de fond de l’union et sont ordinairement centripètes. C'est le cas de Vestime, plus communément associée à l'amitié et qui, de ce fait, n'est pas considérée comme l'un des éléments clés du rapport amoureux. Certaines personnes ne s'entichent que de canailles, ce qui démontre qu'on peut tomber amoureux en se passant de l'estime. Ce que ne peut faire un amour durable. Pour être durable, l’union a besoin de vertus aussi discrètes que la modestie, dont le philosophe Jankélévitch a bien souligné l'importance3. Francesco Alberoni dit que la modestie évite l'envie. Elle permet en tout cas de cohabiter plus facilement et protège des confrontations les plus dures .

Le couple a pourtant besoin de sensations fortes telles que la passion et l'imprévu. Nous les appellerons des sentiments centrifuges, parce qu'ils aident à sortir de la routine quotidienne. Ceux qui parviennent à déchaîner ces petites tempêtes dans les eaux tranquilles de l'habitude sont même souvent par- donnés de leurs infidélités. C'est ce qui advient à Gaspard, dit « le zèbre », qui, dans le roman homonyme de Alexandre Jardin, lutte sans trêve contre la monotonie de sa vie de couple . C'est dans ce but qu'il devient Benjamin, l'un des élèves de sa femme. Benjamin est capable de tout faire pour séduire son professeur: il lui envoie des bouquets de fleurs, des lettres anonymes et des messages qui deviennent de plus en plus érotiques. Il finit par l'inviter dans un hôtel de passe, où elle arrive, éperdue de passion pour cet amant imaginaire qui se révèle n’être que son mari. La créativité de Gaspard ne sera même pas entravée par sa mort des suites d'une leucémie ; il parviendra même, depuis sa tombe, à entretenir l'amour de sa femme, grâce à une série de messages préenregistrés.

La voie de la fidélité

La monogamie par choix. Lorsque commence une histoire d'amour, à quelques exceptions près, il est aussi facile d'être fidèle que de boire un verre d'eau. Toutes les énergies sont concentrées sur le partenaire et Ton est agacé à la seule idée que quelqu'un puisse interrompre cette idylle. Les choses changent au moment où l'on passe de l'état amoureux à l'amour. Tous les scénarios sont alors possibles, mais nous pouvons, par commodité, les résumer en quatre points :

  • On reste fidèle par conviction mais l'imaginaire se nourrit hors du rapport officiel.
  • L'un des membres du couple, si ce n'est les deux, est sérieusement tenté par l'idée d'une aventure extra-conjugale. L'ennui et le besoin d'évasion finissent par diminuer l’attraction et par faire naître un dilemme : vaut-il mieux une fidélité passive ou une infidélité active ?
  • Selon les sondages italiens, 40 % des personnes qui ont connu la tentation sont passées du désir à l'acte. La réaction du conjoint varie selon le milieu culturel d’origine : alors que les Américains peuvent divorcer pour une infidélité, les Latins cherchent en général un nouvel accord afin de continuer à vivre ensemble.
  • Enfin il y a ceux qui restent fidèles sans se poser de questions, parce qu'ils sont capables de renouveler les intérêts communs nécessaires au maintien d'une sexualité vive. Pour rester fidèle il faut en avoir envie, et la fidélité active galvanise le couple comme peu d'aphrodisiaques savent le faire. De plus l'adultère est un luxe que peu de gens peuvent se permettre : il est donc imprudent de le conseiller à des fins psychologiques. Il est vrai que des différences culturelles subsistent : si les Anglo-Saxons préfèrent statistiquement divorcer et se remarier, les Latins - du moins les hommes - défendent le modèle de l’archipel, avec une île principale, des îlots et quelques rochers éparpillés...

La voie du dialogue

La capacité de négocier. C'est précisément parce que le couple ne peut plus compter aujourd'hui sur des références idéologiques et sociales claires, qu'il faut absolument laisser le dialogue ouvert. Une bonne communication l'aide à affronter les problèmes posés par la mobilité géographique et les changements de statuts. Le dialogue est beaucoup plus utile que n'importe quel contrat prématrimonial. Cela ne veut pas dire que l'avenir sera rose, mais, dans les moments de crise, apprendre à se disputer sans se détruire augmente au moins les chances qu’a le couple de durer. En suivant un modèle romantique mal compris, des personnes habituées à négocier dans leur travail pensent que le devoir de composer avec son conjoint est superflu dans le couple. Ce phénomène est cependant plus courant chez les Latins que chez les Américains, lesquels pratiquent assidûment la négociation, tant dans leur entreprise qu'à domicile. Il est question du choix de la pizza qu'on commandera, du programme télé qu'on regardera, etc. Les Italiens, fort experts dans les négociations avec les syndicats, sont moins audacieux quand ils se retrouvent en ménage. Sans doute se bercent-ils de l'illusion que l'entente dans leur couple se passe de mots. Ils ont tort.

La voie du roseau

Apprenez à être flexible. S'adapter ne veut pas dire se plier aux exigences de l'autre, ni faire de nécessité vertu, mais bien mettre en œuvre ses facultés de réceptivité chaque fois que c’est possible. Ce n'est pas un hasard si c'est précisément à la flexibilité que se sont converties toutes les entreprises gagnantes qui opèrent sur le marché : dans notre société complexe, une stratégie de cette nature réussit là où échouent les principes les plus justes. La Fontaine nous l'avait déjà appris dans la fable du chêne et du roseau.

La voie de la parité

Instaurez des rapports horizontaux plutôt que verticaux. Le couple n'est régi par des rapports de force parfaitement verticaux que dans le mythe de Pygmalion ou dans les collusions décrites par Jurg Willi. Au contraire, le lien conjugal du couple sain se fonde sur le principe de l'altérité. La réciprocité, la tolérance et la coexistence sont non seulement à la base de la vie en société, mais aussi de la « démocratie à deux ». Il est évident que même le couple le plus paritaire connaît aussi la hiérarchie. Si elle correspond à une bonne répartition des rôles, elle ne représente en aucun cas une menace. En revanche, les couples dont le rapport de forces sert à masquer l'impotence de l'un des partenaires courent des risques. Par exemple, l'homme qui boit bat sa femme parce qu'il ne sait pas vivre sobre et en aucun cas parce qu'elle est fautive. Dans la vie affective il existe parfois un conflit entre amour et érotisme. Si, dans l'amour qui dure, l'« horizontalité » est gage de durée, dans l’érotisme, les fantasmes se nourrissent de « verticalité », que ce soit dans la soumission ou dans la domination.

La voie de l’intimité.

La sexualité fait partie des cinq dimensions que peut assumer l'intimité, dont l'étendue est spirituelle, intellectuelle, affective, corporelle et sexuelle. C’est pourquoi il est fondamental que ne soient pas élargis à l'intimité les critères quantitatifs qui servent à évaluer la sexualité. En somme, il n'est pas obligatoire que le couple fasse l'expérience de ces cinq dimensions, alors que trois d'entre elles suffisent habituellement à une vie entière.

Pour que le couple dure, l’intimité sexuelle doit-elle forcément exister ? On n’a pas encore pu répondre à cette question. Selon les sondages italiens, on retrouve chez les couples de longue date l’un de ces trois scenarii : une sexualité qui a résisté au temps, une sexualité désormais privée d’érotisme qui ne se fonde que sur l’habitude, ou une renonciation à la sexualité accompagnée d'une tendresse accrue et de l’existence de liens parallèles. Lorsque le désir fait défaut, on pourrait souhaiter à première vue que la tendresse augmente. Mais une étude américaine révèle que, lorsque ne demeure que la tendresse, les conflits se multiplient. Ce qui démontre que l'importance du sexe n’est pas sujet à controverse.

La voie de la complémentarité

Usez du mélange 2/3-1/3. Selon l’expert en communication Paul Watzlawick, les couples peuvent être divisés en « symétriques » et « complémentaires 10 ». Les premiers sont ceux dont les membres se comportent tous deux de la même façon, qu elle soit positive ou négative. Dans ces conditions la compétition est forte et on peut comparer les situations qui se mettent en place aux tourbillons de l'eau : dans les moments d'entente on va vers le haut, dans les périodes de crise, on va en revanche vers le bas.

L’atmosphère qui règne chez les couples régis par le principe de la complémentarité est différente et, en général, meilleure, à condition que le rapport n'entretienne pas le conflit. Tout va bien tant que la complémentarité n’annule pas les individualités : un individu tranquille cherche un partenaire plus dynamique qui le complète. Les choses sont bien différentes lorsque la complémentarité devient excessive. Imaginons par exemple que toutes les fonctions de la rationalité soient confiées à l'un et que l'autre ne supervise que les aspects passionnels et instinctifs. Les thérapeutes conseilleraient alors au couple d'appliquer la formule 2/3-1/3. On demande au partenaire le plus rationnel s'il est disposé à renoncer au moins à un tiers de ses convictions et à l'autre s’il souhaite devenir plus rationnel d'un tiers, tout en gardant son caractère passionné et imprévisible. En général c'est efficace : à partir du moment où il ne perd pas sa position majoritaire, dirait-on dans le langage financier, l'être humain est disposé à faire quelques concessions. Dans le cas présent, la démonstration du théorème est extrêmement simple : si chacun des deux est disposé à accorder à l'autre un tiers de son caractère, le couple pourra toujours fonder sa coexistence sur un territoire commun égal à deux tiers de la vie commune.

La voie de la lutte

Découvrez le guerrier que cache votre couple. Ceux qui ont affronté ensemble de grandes difficultés ont plus de chances que les autres de rester ensemble. Il n’est pas rare que la pauvreté et les situations exceptionnelles telles que la difficile prise en charge d’un enfant malade ou une vie d'émigrant cimentent véritablement l’union. En somme, le fait d'avoir affronté ensemble un ennemi commun peut représenter pour le couple un élixir de longue vie. Les conseillers conjugaux expérimentés pensent même qu'un couple qui n’a pas vécu ni surmonté une crise reste fragile, même s’il apparaît de l'extérieur semblable à une digue résistant contre vents et marées.

La voie de la pierre

Construisez quelque chose avec votre partenaire. Comme disait Antoine de Saint-Exupéry : « l’amour, ce n’est pas se regarder l’un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction ». Avoir de doux souvenirs communs ne sert que si l'on a un projet que l'on souhaite réaliser en couple. La recette de l’auteur du Petit Prince s’applique à bien des unions contrairement à ce que certains pensent. En effet nous considérons souvent le couple comme un boulet au pied, sans prendre en compte l'incroyable énergie que peut susciter l'engagement dans un projet commun. L'achat d'une maison, des vacances de rêve, un week-end de pratique sportive ou à Salzbourg pour écouter Mozart sont des programmes à deux dont votre couple bénéficiera.

La voie du jeu

Considérez la vie commune avec ironie. On rencontre parfois des personnes qui sont extrêmement drôles quand on les voit seules et qui, en couple, sont tellement tendues que tout leur sens de l'humour disparaît. Que se passe-t-il donc ? Les conflits présents dans cette union se sont sans doute beaucoup radicalisés et, en investissant les aspects de la vie commune, ils ont fait disparaître un ingrédient essentiel à la vie à deux : la capacité à relativiser. En effet, l'ironie n'est pas un don de la nature : ne parvient à sourire que celui qui est capable de dépasser les processus primaires, qui sont dominés par la rage et la paranoïa, et d'évoluer vers des situations qui permettent de plaisanter de ses propres névroses. Woody Allen ne fait rien d'autre que rire de ses propres difficultés psychologiques, et rend ainsi acceptables, à ses yeux et à ceux des autres, ses comportements les plus bizarres.

Parfois l'ironie de l'un ou de l'autre rend l'atmosphère du couple moins pesante. Pensez donc que certains thérapeutes se servent du rire comme d'un instrument de guérison. Selon le psychiatre parisien Henry Rubinstein. Une heure de rire profite même aux systèmes endocrinien et musculaire. Mais attention ironie ne veut pas dire sarcasme. Celui-ci implique une méchanceté intrinsèque alors que le couple n'a besoin que de se jouer de soi afin de maintenir en lui ce brin d'adolescence qui l'empêchera de vieillir.